Cimarron, mascarade et liberté

Cimarron est le troisième volet d’une série photographique entamée en 2010 par Charles Fréger et consacrée aux mascarades ; après Wilder Mann (2010-), dédié au continent européen, et Yokainoshima (2013-2015), localisé sur l’archipel nippon, Cimarron (2014-2018) s’ancre dans les territoires des Amériques. Dans un espace géographique s’étendant du sud des États-Unis au Brésil et comprenant quatorze pays, Charles Fréger dresse cette fois un inventaire, non-exhaustif, de mascarades pratiquées principalement par les descendants d’esclaves africains, célébrant la mémoire de leurs pairs et leurs cultures singulières. Au sein de ces mascarades, de leurs masques, maquillages, costumes, parures et accessoires, s’entremêlent les cultures africaines, indigènes et coloniales, prises dans le vertige d’un mouvement syncrétique pluriséculaire. La mascarade est plus que jamais ici territoire de mise en regard d’une communauté par une autre, espace où l’on rejoue, où l’on réinvente le rapport à l’oppresseur soit pour le mimer, soit pour l’inverser, toujours pour le subvertir. Sur la route de Cimarron, dont l’étendue ne dit que partiellement celle de la pratique de l’esclavage, se déploient les formes d’un contre-pouvoir que la mascarade, loin de dissimuler, vient libérer.

Charles Fréger (1975°) a constitué depuis 1999 un important corpus photographique, prenant invariablement pour figure centrale, l’être humain et ses peaux sociales. Tantôt vêtu d’un uniforme, tantôt couvert d’un grimage tigré ou d’un habit de mousse, l’être apparaît dans son devenir-homme, dans son devenir-animal, végétal. L’habit tient son rôle et incarne, ici le lien à la communauté, là aux cycles de la nature, aux croyances. Réalisés sur plusieurs années, ses projets ont pour finalité le livre : essais d’écrivains et notices de chercheurs entourent la photographie qui laisse tant place à la fiction qu’elle documente comment l’être, de par le monde, invente le rapport aux siens, et plus largement, au monde vivant. Il a notamment exposé au cours des dernières années au Musée d’histoire de Nantes, au Musée des confluences (Lyon), au musée Armani/silos (Milan), aux Rencontres d’Arles et a publié de nombreux ouvrages, traduit dans plusieurs langues. Son dernier livre, Aam Aastha, dédié aux incarnations divines en Inde, a été publié en 2023.
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Vernissage le dimanche 27 avril à 12h, en présence de l'arriste Charles Fréger.

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